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Quelles sont les meilleures pratiques pour un télétravail efficace et respectueux de son bien-être ?

18 juin 2020  -   9 minutes

Nawal Abboub

Nawal est co-fondatrice et Directrice Scientifique de Rising Up. Elle est docteure en sciences cognitives (Université Paris Sorbonne Cité) et intervient en tant qu'enseignante à l'Ecole Normale supérieure.

Quelques éléments de contexte :

Nos capacités d’adaptation n’ont jamais été autant sollicitées. Le contexte du Covid19 a modifié profondément notre quotidien, nos routines, nos interactions sociales ou encore la manière dont nous exerçons nos métiers.

Mais dans cette crise, et ce contexte de travail à distance, il est aussi apparu de nouvelles pratiques et de nouveaux modèles ! Peut-être des choses que nous n’avions même jamais essayés auparavant ou trop longtemps mis de côté. De nombreux bouleversements sont apparues dans nos quotidiens, l’usage massif des nouvelles technologies, des diverses formes de pratiques managériales, ou encore notre rapport au temps.

Du travail à distance, à la rentrée progressive, et si le confinement n’avait pas eu que des effets négatifs sur nos manières de travailler ou de collaborer ? Il est temps de faire le bilan pour analyser finement sous l’angle des neurosciences, ce qu’il s’est passé pour prendre le meilleur, être plus efficace et épanoui.

⭐ Voici la vidéo ⭐

Interview de @Nawal Abboub par @Svenia Busson

Svenia Busson: La seule solution de beaucoup de personne a été de passer du 100% présentiel au 100% digital (avec la visio), avec par exemple des sessions de formation en ligne toute la journée sur Zoom. Pourquoi c’est une solution qui n’a pas fonctionné ?

Nawal Abboub: C’est vrai, face à un écran toute la journée, on peut à un certain moment donné ressentir un profond inconfort, voire un sentiment de malaise. Pourquoi ? Parce que les visios toute la journée sont très inhabituelles pour le cerveau ! On n’a jamais passé autant de temps sur nos écrans, et notre cerveau n’a pas automatisé cette activité si inhabituelle. Même si certains peuvent croire que ce n’est pas si différent de la réalité, ce n’est pas du tout le cas ! En visio, l’information est dégradé (visage, voix, regard, etc) et il y a notamment des décalages temporel. Notre cerveau doit en permanence faire des reconstructions pour bien assembler ces informations ensemble. Il faut savoir que notre cerveau ne fait pas des photos de la réalité, il la reconstruit. Dans une scène digitale où les signaux sociaux sont dégradés et non-automatisé, le cerveau fait des efforts supplémentaires pour bien reconstruire tout ce qui se passe. C’est pour cela que nous allons sentir un inconfort, être plus fatigué, et augmenter la probabilité que nous décrochions pendant la réunion ou la formation ! Donc non, on ne peut pas plaquer la réalité en digital mais adapter les contenus et les formats pédagogiques en fonction de toutes ces contraintes « neuro-biologique », oui !

Svenia Buisson: Les réunions s’enchaînent et on peut rester toute la journée en visio sans pause. Est-ce qu’il y a des bonnes pratiques à adopter pour mieux utiliser son temps ?

Nawal Abboub: Si les réunions s’enchaînent toute la journée sans pause, c’est très probable, voir meme certain que vous allez ressentir cette fameuse « surchauffe » ! Pourquoi ? Parce que nos ressources attentionnelles et plus globalement notre cerveau sont sur-sollicités ! Nous devons prendre conscience que nos ressources attentionnelles ont des contraintes neuro-biologique. Par exemple quelqu’un qui monitore un écran toute la journée va vite se fatiguer (et faire plus d’erreur) car son état naturel n’est pas de se concentrer sur un écran où il se passe peu de choses. On doit donc optimiser le temps des réunions, et varier au maximum les modalités de réunion (téléphone, visioconférence, messagerie instantanée), tout en laissant vraiment des temps de pauses. Et si parfois nous n’avons pas le choix, de toutes petites pauses mais régulières, peuvent faire la différence.

Svenia Busson: Finalement on utilise la caméra afin de garder le contact humain et de pouvoir voir nos collaborateurs ou encore nos participants. Mais si la caméra fatigue énormément comment faire ?

Nawal Abboub : Le contact humain est très important, comme voir le sourire de ses collègues, ou encore les visages familiers mais on peut le maintenir différemment. Par exemple par touches successives : on enlève la visioconférence et on se concentre uniquement sur la voix. Rappelons que nous ne sourions pas qu’avec ses lèvres, nous pouvons aussi sourire avec sa voix ! Elle peut à elle seule porter des indices important pour comprendre les émotions de nos interlocuteurs, cela s’appelle d’ailleurs en science la prosodie. Une des possibilité c’est de laisser le choix à son interlocuteur de choisir la formule dans laquelle il est le plus confortable !

Svenia Busson: Pour s’adapter, on pourrait donc mixer les approches, avec un peu de visio et un peu d’audio. Est-ce que ce serait la meilleure approche finalement ?

Nawal Abboub: Oui, chacun peut trouver la manière de travailler qui lui convient le mieux. Par ailleurs est important de bien articuler les tâches en plaçant ce qui consomme le plus d’énergie au bon endroit (pas de manière successive et quand il nous en reste). Pour se faire, cela demande de bien expérimenter pour pouvoir se connaître et savoir bien s’analyser.

Svenia Busson : Comment garder ses collaborateurs engagés alors que tout passe en ligne. Quels sont les vecteurs d’engagement face à un format en ligne plutôt passif ?

Nawal Abboub : Les vecteurs d’engagement des apprenants ou des collaborateurs qui sont clés, se rattache à cette notion que nous avons en science : un organisme passif n’apprend pas. A contrario un organisme actif se pose des questions, répond à des questions, est curieux, surpris, va réfléchir sur ce qui a été dit… Par exemple un enregistrement audio seul dit d’une manière monotone est très difficile à mémoriser (l’information souvent très dégradée, ce qui peut s’avérer être très pauvre pour un individu). Il faut donc créer un environnement favorable à l’engagement : il faut s’adapter avec le contexte actuel, on peut utiliser beaucoup l’outils pour engager les individus et monitorer l’attention ou l’apprentissage en permanence. Chez Rising Up on a développé des méthodes et des outils qui permettent d’engager mais également de suivre la progression lors de nos interventions en présentiel mais on les utilise également aujourd’hui lors de nos ateliers en ligne.

Pour engager les collaborateurs, nous avons développé plusieurs type de format pédagogique: il y a l’apprentissage par projet, l’apprentissage par les pairs (apprendre à l’autre) et l’apprentissage collaboratif. La base de l’apprentissage et de l’engagement, c’est vraiment de pousser l’individu à être actif, à bien diriger son attention sur ce qu’il fait, ce qui représente un défi considérable que ce soit en ligne ou dans la vie réelle.

Svenia Busson : Comment faire une pause efficace quand on travaille tout la journée devant l’ordinateur ? Que nous conseilles tu?

Nawal Abboub : Pour faire une pause efficace, il ne faut pas aller sur son écran si on y est déjà toute la journée. Pour recharger ses ressources attentionnelles on peut par exemple aller marcher, prendre un café, aller discuter avec quelqu’un dans la maison… Il faut essayer de se mouvoir au maximum (pas qu’avec du sport). Par ailleurs, il ne doit pas nécessairement avoir d’heures fixes pour les pauses, ça dépend de la tâche en cours et des ressources utilisées.

Svenia Busson : Beaucoup de collaborateurs se sont sentis coupés socialement pendant le confinement. Comment gérer ce mal-être qui peut se déclencher ? Certaines personnes mettent en place de la méditation, est-ce que ça marche vraiment ?

Nawal Abboub : La méditation, le yoga ou le sport, tout autant que l’alimentation, sont primordiaux pour notre bien-être : beaucoup de recherches sur le sport ou la mindfullness (méditation pleine conscience) ont montré des effets positifs sur le corps et le cerveau. La méditation a des effets positifs sur la concentration par exemple. Le yoga, sport, mais également l’alimentation affectent dans le bon sens nos capacités cognitives ! Et n’oublions pas le sommeil, lui aussi primordial.

Svenia Busson : On parle beaucoup de l’importance du sommeil et de son importance pour être efficace et plus concentré? Combien d’heures sont nécessaires pour passer une bonne nuit ?

Nawal Abboub : Les enfants ont besoin de plus de sommeil que les adultes, mais il faut essayer au maximum de se coucher à la même heure que la veille et se lever à la même heure, car notre cerveau a besoin de routine. En effet grâce à cela notre cerveau va économiser beaucoup d’énergie ! Pour les adultes il faut en moyenne 7 à 8 heures de sommeil par nuit (mais cela dépend des personnes).

 Svenia Busson : On a beaucoup entendu parler des tests de QI, des tests de compétences mais finalement comment peut-on évaluer ses capacités cognitives ?Nawal Abboub : Tout d’abord je tiens à préciser que le QI, bien que ce soit une mesure scientifique fiable, ne prend pas en compte les compétences sociales et émotionnelles et bien d’autre encore ! Pour évaluer ses compétences cognitives, encore une fois, affranchissons nous des normes et soyons de fin observateur de nous meme ! Essayons de repérer et tracer l’évolution de notre progression. Selon moi, l’approche doit beaucoup plus se concentrer sur la capacité d’un individu à apprendre que sur évaluer ces compétences à un instant t, qui est inutile et peu fiable dans le temps. Chez nous nos modules individuels sur notre plateforme d’apprentissage nous permettent de tracer précisément la progression de certaines compétences: attention, concentration, flexibilité grâce à des algorithmes élaborés par nos experts scientifiques.

Svenia Busson :La sieste a-t-elle des effets bénéfiques sur le cerveau ? Combien de temps doit-elle durer ?

Nawal Abboub : La sieste est très bénéfique, même lorsqu’elle n’est seulement que de quelques minutes. Cela a un effet très important sur la recharge de nos ressources attentionnelles. Je trouve qu’il est dommage de se sentir jugé et de s’autocensuré sur une pratique qui pourrait être si bénéfique dans des métiers où nos ressources cognitives sont mis à rude épreuve. En effet des power nap de 20 et 25 minutes peuvent au contraire vous faire gagner beaucoup plus de temps. Cependant faire des siestes supérieure à une heure peut avoir un impact négatif sur son rythme de sommeil. En effet faire une sieste trop longue décale le pic de molécules responsables de l’endormissement.

Svenia Busson : Le fait d’être chez soi pendant le confinement semble permettre plus de concentration au travail. Est-ce que ça se confirme d’un point de vue scientifique, et est-ce que ça remet en cause l’Open Space ?

Nawal Abboub : L’Open Space apporte beaucoup de bénéfices sur plein d’aspects mais il a aussi son lot d’inconvénient : un environnement avec trop d’informations à traiter pour notre cerveay (beaucoup de bruits, sollicitations, etc.) est nocif. Un des points positifs du confinement est qu’il nous a mis dans des environnements relativement plus calmes (sauf pour certains qui vivaient avec des familles nombreuses!). Mais la question qui se pose aujourd’hui c’est comment mettre en place des stratégies plus efficaces dans son quotidien. Chez Rising Up on a développé des programmes pour développer sa concentration et apprendre à la protéger  pour maintenir son efficacité.

Svenia Busson : J’ai remarqué que les gens finissaient beaucoup plus tôt leur journée car ils se sentaient finalement plus productifs Comment bien l’expliquer ?

Nawal Abboub : Quand on est concentré, on finit plus rapidement ce que l’on devait faire. L’un des gros problèmes que l’on retrouve chez certains de nos clients c’est le multitasking sauvage. Or lorsqu’on est chez soi on a tendance à mieux contrôler son environnement et les distractions qui peuvent y avoir (hormis lorsqu’on doit s’occuper de jeunes enfants, mais il s’agit d’un autre sujet). Cependant on voit que de plus en plus d’entreprises mettent en place des espaces collaboratifs dédiés, ce qui favorise grandement la performance.

Svenia Busson : Si tu devais nous donner des outils collaboratifs, des outils de quizz lesquels nous conseillerais- tu?

Nawal Abboub : Chez Rising Up on a développés nos propres outils dans notre centre de R&D afin de pouvoir maitriser l’ensemble des formats et de pouvoir les moduler en fonction des spécificités de nos apprenants. Mais il existe de nombreux outils de quizz très interessants permis lesquels on retrouve Kahoot , Klaxoon, Slido, Wooklap, mais aussi Quizzes. L’important n’est pas nécessairement l’outil mais plutôt comment on pose des questions, et comment cela s’insère dans un vrai déroulé pédagogique. Il faut un bon timing, une bonne fréquence et des bonnes questions pour un apprentissage efficace et un développement optimal des compétences.

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Références

  1. N. Abboub, Ph.D, Rising up, Blog, Comprendre ses émotions et celles des autres: Focus sur l'intelligence émotionnelle
  2. N. Abboub, Ph.D, Rising up, Blog, Et si nos émotions étaient au coeur de notre intelligence ?

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