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Les bonnes résolutions : est-ce simplement une histoire de volonté ?

6 janvier 2020  -   5 minutes

Nawal Abboub

Nawal est co-fondatrice et Directrice Scientifique de Rising Up. Elle est docteure en sciences cognitives (Université Paris Sorbonne Cité) et intervient en tant qu'enseignante à l'Ecole Normale supérieure.

« Pour cette année 2020, je me mets au sport et je mange plus sainement !», ou encore « je me mets au Snow-Board ! ».  A qui ce n’est pas arrivé ces derniers jours de prononcer ou d’entendre au sein de son entourage une de ces phrases ? La mise en place de ces bonnes résolutions de la nouvelle année nous permet de progresser et de nous épanouir en changeant nos mauvaises habitudes ou encore en apprenant de nouvelles compétences. Pourtant ce n’est pas aussi facile de les mettre en place ! Que nous disent les sciences cognitives sur la difficulté de tenir ses bonnes résolutions ?

1. La tradition des bonnes résolutions

Cette tradition de prendre de bonnes résolutions à chaque début d’année remonterait au temps de la Rome ancienne, voire même avant. Soulignant ainsi que l’être humain a toujours eu pour ambition de s’améliorer et de tendre vers un renouvellement de ses  compétences.  Ces envies de changements et de progression, qui ont perduré dans le temps, nous montrent bien que ce sont des comportements qui sont profondément ancrés en nous et dans notre cerveau ! 

Si nos cerveaux sont câblés pour se fixer des objectifs et se focaliser sur une action complexe, pourquoi est-si difficile de changer ses habitudes ou d’apprendre de nouvelles compétences ? 

2. Comment notre cerveau guide nos habitudes ?

Comme nous l’avions vu dans un précédent article, nos habitudes de vie, nos expertises ou encore nos environnements professionnels conditionnent nos comportements. Au fur et à mesure ils se sont transformés en automatismes et nous ne réfléchissions même plus quand nous faisons certaines actions.  Dans notre cerveau cela se traduit par la création ou par le renforcement de réseau de neurones – via leurs espaces de connexion appelés synapses– dans certaines régions de notre cerveau nous permettant de créer et de faciliter les échanges d’informations (1). C’est ce qui nous permet d’aller plus vite pour traiter l’information et donc gagner en efficacité et en performance. Nous devenons ainsi des experts pour rentrer à la maison sans même avoir besoin d’y penser ou à snowboarder en position frontside ou backside sans aucun problème. 

Mais que se passe t-il lorsque nous souhaitons, en réadaptant nos habitudes, apprendre de nouvelles choses ? 

3. Comment se forment et se modulent nos habitudes ?

Lorsque nous changeons nos automatismes nous ne devons pas juste « effacer »  ou « oublier » un module qui correspondrait à notre ancienne habitude. La réorganisation de nos circuits cérébraux suite à un changement /réadaptation de comportement est beaucoup plus complexe (2)! En effet, changer d’habitude signifie désapprendre un automatisme pour en apprendre un nouveau.  

Finalement ce sont deux actions qu’il faut réaliser : DESAPPRENDRE et APPRENDRE. C’est cette double action qui fait que cela va être très coûteux en terme de ressources cognitives, surtout si ces comportements sont acquis depuis un certain temps et que le changement voulu se passe dans un contexte similaire !

Un peu comme quand nous nous mettons à faire du snowboard après des années de pratique de ski. Les automatismes acquis de nos années d’entrainement de ski peuvent créer des interférences (3) avec ce nouvel apprentissage. Nous allons devoir désapprendre nos automatismes liés à la pratique du ski pour en acquérir de nouvelles liées à la pratique du snow board ! Nous mettons ainsi beaucoup plus de temps à acquérir les bons gestes par rapport à notre collègue, qui n’a jamais fait de ski ni de snowboard !

Mais après avoir bien pris conscience de ce cout et du temps d’installation de nouvelles habitudes, comment faire, par où commencer ?

4. Comment tenir ses résolutions ? 

Des recommandations pour un effet sur le long terme 

* Partons de nos besoins concrets dans notre vie de tous les jours :

Evitons les concepts abstraits comme « faire plus de sport », ou encore « être un meilleur ami, partenaire ou collaborateur ». Soyons concret et spécifique : quel sport et pourquoi celui-ci ? Quelle compétence à développer pour quel objectif ? 

* Fixons-nous des objectifs réalisables : 

Souvent nous avons tendance à mettre la barre très haute et donc … inatteignable. Divisons chaque étape de notre challenge et chaque pas doit-être une victoire !

* Créons-nous un environnement favorable à la mise en place de nouvelles habitudes :

La force de l’environnement est un facteur souvent mis de côté alors qu’il est un facilitateur de nos comportements.  Mettons toutes les chances de notre côté pour réussir.

* Répartissons nos efforts sur toute l’année :

L’apprentissage est un mécanisme qui se joue dans le temps. N’oublions pas l’adage « neuron that fired together wired together ». Ce qui peut se traduire par « plus nous nous exerçons, plus le réseau neuronal qui sous-tend cette compétence se renforce et devient puissant ». 

Utilisons ces clefs issues des sciences cognitives pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans notre cerveau et nous aider à réaliser nos objectifs pour 2020 ! Nous devons prendre conscience et identifier nos automatismes qui bloquent nos nouveaux apprentissages Implémentons des stratégies efficacesétape par étape, pour désapprendre nos automatismes en les identifiant, pour enfin changer nos habitudes ou maitriser pleinement nos nouvelles compétences ! En connaissant mieux le fonctionnement de notre cerveau cela nous donne plus de chance d’avoir un pouvoir sur nous-mêmeun meilleur contrôle de soi et de mettre tout en place pour tenir ses objectifs !

Références

  1. Hensch TK (2005) Critical period plasticity in local cortical circuits. Nat Rev Neurosci 6:877–888.Dolan RJ, Dayan P (2013) Goals and habits in the brain.
  2. Neuron 80:312–325. Available at: http://dx.doi.org/10.1016/j.neuron.2013.09.007.
  3. Clem, R. L., & Schiller, D. (2016). New Learning and Unlearning: Strangers or Accomplices in Threat Memory Attenuation?. Trends in neurosciences, 39(5), 340–351. doi:10.1016/j.tins.2016.03.003.

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